lundi 12 septembre 2016

À propos d'un billet d'Instantanés et de certains commentaires sur Wikipédia

Le 7 septembre dernier, ma collègue Nathalie Vaillancourt, archiviste à Québec, a rédigé un beau billet sur des livres rares conservés par Bibliothèque et Archives nationales du Québec : Kyriale et Antiphonaire: de la musique religieuse dans les livres rares de BAnQ Québec. Tout au long de son texte, elle a établi des hyperliens sur certains concepts (kyrie, antiphonaire, etc.) vers l'encyclopédie en ligne Wikipédia. Visiblement, cela n'a pas plu à deux citoyens qui, par leurs commentaires, ont dénigré et ma collègue et l'institution qui l'emploie et ce, simplement parce qu'on avait osé citer Wikipédia, un ensemble de sources douteuses qu'il serait indigne de consulter selon eux. Je ne vais pas défendre ici Wikipédia qui n'a vraiment pas besoin de moi pour être défendu puisque nous sommes des millions à consulter chaque jour cette encyclopédie sur nos téléphones, nos tablettes et nos ordinateurs. Par contre, je vais rappeler à ces citoyens, forts de leur anonymat, qu'on ne dit pas "le" BAnQ ou "la" BAnQ", mais simplement BAnQ, sans article défini. S'ils avaient pris la peine de lire l'article de Wikipédia sur BAnQ, ils n'auraient pas commis cette erreur grossière... Ensuite, je suis confus de leur annoncer que BAnQ participe au projet Wikipédia en fournissant, entre autres choses, des images de nos archives. Enfin... parmi les millions de citoyens qui consultent Wikipédia au quotidien, plusieurs sont assez intelligents pour faire la part des choses entre un bon et un mauvais billet. Dieu merci, nous ne sommes pas tous aussi peu clairvoyants que ces deux citoyens qui ont vraisemblablement la nostalgie d'une époque plus autoritaire en matière de culture... mais si ignorante, par ailleurs. Comme le dirait sans doute le premier ministre du Canada s'il avait à se prononcer sur la pertinence de Wikipédia : nous sommes en 2016...

mercredi 7 septembre 2016

Interactions, le blogue professionnel de BAnQ

Au congrès de  2013 de l'Association des archivistes du Québec, BAnQ lançait le blogue Instantanés, la vitrine des archives. Ce blogue a pour but de mettre en valeur les fonds et collections conservés à BAnQ ainsi que les réalisations accomplies par son personnel. Rapidement ce blogue a rencontré ses lecteurs qui, par centaines, consultent ses billets chaque semaine. En conséquence, Instantanés est devenu au fil du temps un blogue grand public.

Trois ans plus tard, au congrès de l'AAQ de 2016, la Direction générale des Archives nationales de BAnQ a lancé un autre blogue : Interactions. Contrairement à Instantanés, ce blogue est consacré à l'actualité de la gestion des documents et des archives, et non aux fonds et collections détenus par BAnQ. Aussi Interactions vise un public professionnel, soit la communauté des archivistes du Québec et, plus largement, de la Francophonie. Par ailleurs, le comité de rédaction intègre en son sein des membres externes, soit un représentant des secteurs publics centralisés (ministères et organismes gouvernementaux) et décentralisés (villes, écoles et établissements de santé et de services sociaux).  

Interaction ne diffuse que deux billets par mois : un article relatif à une problématique de gestion des documents et des archives et une actualité archivistique. Les billets seront plus "consistants" aussi puisque, dans certains cas, ils pourront dépasser les 1 000 mots. 

Je vous invite à suivre le blogue Interactions, une heureuse initiative de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

mardi 30 août 2016

Michel Roberge, de l'archiviste à l'écrivain

Lorsque je rédigeais mon billet en hommage à Michel Roberge le 11 avril 2016, j'étais loin de me douter que le fondateur de Gestar et l'auteur du premier manuel de gestion des documents d'activité au Québec allait quitter la vie professionnelle. Et pourtant, le billet du 9 août 2016 met fin à son blogue que nous étions plusieurs à suivre. Ainsi, c'est donc vrai : Michel Roberge prend sa retraite pour se consacrer à l'écriture de romans. Vous pouvez le suivre sur ce blogue consacré à ses activités littéraires.

Michel Roberge quitte le milieu des archives dans la sérénité, tout comme d'autres collègues avant lui. Il le quitte au milieu de l'été, sans tambour ni trompette, dans la discrétion. Michel Roberge, archiviste, devient donc Michel Roberge, écrivain. Consolons-nous, toutefois : le héros des Zébrures écarlates est archiviste...

lundi 20 juin 2016

Pourquoi devenir membre de l'AAQ

Je suis membre de l'Association des archivistes du Québec depuis mes années ebsiennes au milieu des années 1980. Je suis resté membre, même pendant que je travaillais à l'étranger comme coopérant volontaire pour des organisations canadiennes d'aide au développement. Ces dernières années, j'ai négligé l'AAQ… et, sans trop m'en rendre compte, j'ai cessé d'être membre pendant quelques années, trois ou quatre ans si je ne m'abuse. Récemment, quand une collègue de l'Université de Montréal m'a sollicité pour participer aux travaux du comité du programme du congrès de 2017, j'ai accepté mais, par la suite, je me suis aperçu que je n'étais plus membre... Comment pourrais-je travailler bénévolement pour une association dont je ne suis pas membre ? J'ai donc régularisé ma situation en payant ma cotisation et, par le fait même, retrouvé mon statut de membre « régulier » de l'AAQ.

Certains collègues m'ont demandé : Pourquoi (re)devenir membre de l'AAQ ? À quoi ça sert ? Cela n'offre plus guère d’utilité compte tenu que les sources d'information sur la profession se sont multipliées sur le Web. Sur le site de l'AAQ sont énoncés certains avantages au fait d'être membre. Personnellement, cela me touche assez peu : je ne suis pas en début de carrière et, en ma qualité d'enseignant et d'archiviste-conseil, je ressens moins le besoin de tisser un réseau professionnel, de me former, de chercher un emploi, etc. Alors, quelle est ma motivation à (re)devenir membre de l'AAQ ? 

Voici ce que je suis en mesure de répondre et ce, en toute simplicité :
  1. Je suis (re)devenu membre de l'association parce que j'ai besoin d'appartenir à une communauté. Ce sentiment d'appartenance renforce mon identité professionnelle souvent malmenée par les métiers émergents issus des technologies de l'information et des communications (TIC). 
  2. Je suis (re)devenu membre parce que, en plus de renforcer mon identité professionnelle, le fait d'appartenir à la communauté des archivistes me permet de définir mon rôle dans la société, même si ce rôle s’avère modeste en comparaison à l’éventail des professions. Personnellement, je trouve stimulant d’exercer mes fonctions de gestion et de sauvegarde de l'information de nature archivistique en ayant pleinement conscience du rôle que je joue dans la société. Plusieurs représentants d’autres corps professionnels ne peuvent en dire autant…
  3. Enfin, (re)devenir membre de l'AAQ me rappelle à mon devoir de solidarité envers les membres les plus jeunes de ma profession qui, souvent, éprouvent des difficultés à prendre leur place dans la société. C'est pour cela que je m’efforce, en tant qu'enseignant et en tant qu’archiviste, d’aider les plus jeunes. Le devoir de solidarité fait partie des valeurs de l’association et je les partage. Plus jeune, des collègues m’ont moi-même aidé dans mes premiers pas en tant qu’archiviste professionnel. Je pense notamment à Denys Chouinard, à Carol Couture et, plus tard, à Jacques Grimard. Une juste façon de retourner l’ascenseur.
Voici donc pourquoi je suis redevenu membre de l’Association des archivistes du Québec. J’aurais pu évoquer bien d’autres raisons, mais je crois qu’on m’a compris… Bien entendu, (re)redevenir membre de l’AAQ implique de payer sa cotisation. On le fait aussi par solidarité :  cette modeste somme permet de soutenir financièrement les activités de l'association.

lundi 13 juin 2016

Cyber Dust : quand l’écrit devient parole

Cyber Dust est une application de snap chat, c’est-à-dire de clavardage instantané, disponible à l’intention des heureux détenteurs des téléphones dits intelligents. Son fonctionnement rappelle celui d’une messagerie instantanée sauf que, une fois le message ouvert par le destinataire, il se détruit dans les trente secondes. Mieux, si ce celui-ci tente d'en faire une capture d'écran pour le préserver, l'expéditeur reçoit une notification, ce qui lui permettra de savonner vertement son contact. Le développeur affirme que les messages effacés ne peuvent être recouvrés. Aussi Cyber Dust aurait l’immense avantage de conserver une multitude de conversations en mode réellement privé, cultivant ainsi le culte du secret, le secret véritable qui ne peut être divulgué à des tiers. 

Étrange, cette application. Étrange le lien qu'on peut établir chaque jour entre les technologies de l'information et des communications (TIC) et notre profession. Certes, je conviens que tout ne peut être conservé. J’en ai d’ailleurs traité dans mon billet sur l’Écran magique (Etch a Sketch) mis en ligne en décembre 2013 sur le blogue Instantanés de BAnQ. L’Écran magique est ce jouet d’une autre génération qui permettait de dessiner des croquis… éphémères puisque, une fois le dessin achevé, il suffisait de secouer l’écran pour l’effacer et, par la suite, dessiner d’autres objets. Mais l’innocence de l’Écran magique ne saurait se comparer avec celle du Cyber Dust. Ici, ce qu’on vise explicitement, c’est de ne pas laisser de trace, de ne pas participer à l’histoire, la petite comme la grande. Bien entendu, l’utilisation de cette application permet aussi de se soustraire à des poursuites, notamment en matière de relations conjugales. Enfin... Ce qu'il faut retenir, c'est que Cyber Dust n'est ni plus ni moins qu’une application qui échappe à tout contrôle archivistique. Avec Cyber Dust, l’écrit redevient parole… sauf que normalement la parole s’avère captable, enregistrable, ce qui n’est pas le cas des échanges tenus via cette application.

Sur le site du développeur, on dit que cette application vous permet de rester en contrôle de vos messages. Cela m’a fait sourire : la gestion des documents permet ce contrôle de l’information consignée, pas l’inverse… Alors, d’un point de vue archivistique, que penser de Cyber Dust ? Rien de bien grandiose : le règne de l’éphémère associé aux TIC est délibéré ; il est pensé comme un objet qui échappe au temps, à l’histoire – une information qui ne deviendra jamais archives.

c2014, mis à jour 2016

lundi 6 juin 2016

Penzu, l'intimité archivable...

En mars 2016, le Devoir a publié un bel article d'Isabelle Campone originellement paru dans le journal suisse Le temps. L'article a pour titre : Le journal intime, version Web - Un pied de nez à l'instantanéité des réseaux sociaux. Je savais depuis longtemps - du moins depuis le séminaire du GARM (Groupe des archivistes de la région de Montréal) de février 2011 qui a eu pour thème Les archives de l’intimité : des journaux intimes aux blogues - que l'intimité revêt des formes nouvelles depuis l'avènement du Web et, plus particulièrement, du Web 2.0. Dans ce séminaire du GARM, j'ai d'ailleurs prononcé une conférence dans laquelle je déplorais le peu de cas que faisaient les archivistes de la préservation des blogues disséminés sur la toile du Québec. En fait, nous avons contourné le débat en statuant que les blogues ne relèvent pas de l'archivistique, mais plutôt de la bibliothéconomie. Une conclusion qui arrange un peu tout de monde, mais qui n'aide personne.

Alors, de qui relève-t-il ce journal intime que les jeunes gens dissimulaient sous leur oreiller ? Peu importe, là n'est pas la question ici. Lors de ce séminaire, auquel a participé l'archiviste suisse Jean-Daniel Zeller, on déplorait déjà la difficulté d'archiver des blogues. Certes, l'application Blogspot de Google permet d'archiver ses billets sous la forme d'un fichier XML, mais que faire avec cet amas de codes par la suite ? Pour le commun des mortels, c'est loin d'être évident, ce fichier codé... Et WordPress, un des services de blogging les plus populaires au monde, n'a prévu aucune solution d'ensemble permettant de sauvegarder son blogue personnel.

Depuis 2011, la téléphonie mobile s'est développée de façon fulgurante, transformant nos téléphones en ordinophones avec lesquels nous pouvons faire fonctionner de multiples applications, mot qui remplace le vieux mot de logiciel... Et tout naturellement des applications de journal intime ont commencé à émerger. J'ai testé l'une d'entre elle : Penzu. Je n'entrerai pas dans les détails, mais Penzu permet de faire ce que la plupart des blogues ne permettent pas : conserver son journal (entièrement ou partiellement) en l'exportant en un fichier PDF protégé. Bref, l'archivage de son journal intime est possible et ce, de manière toute simple. 

Si les institutions d'archives ont collectivement baissé les bras, les individus doivent assumer leur propre mémoire en constituant eux-mêmes leur fonds d'archives. Penzu permet ça : l'archivage des ses écrits intimes, manifestation concrète du juste retour vers soi essentiel à l'équilibre des hommes et des femmes.

lundi 30 mai 2016

Révolution numérique et changement de paradigme en archivistique

Il y a exactement douze ans, soit au début de l’année 2004, alors que j’étais professeur d’archivistique à la Haut école de gestion de Genève, Jacques Grimard m’a écrit pour me demander de rédiger un texte d’une seule page sur ma vision de la « révolution numérique ». En m’écrivant – à moi, mais aussi à de nombreux autres collègues –, il cherchait à mesurer les impacts du numérique sur nos pratiques. Les résultats de cette enquête ont fait l’objet de la conférence d’ouverture du 33e congrès de l’Association des archivistes du Québec qui s’est déroulé à Sainte-Adèle, les 27-29 mai 2004 sous le thème : Changement de paradigme en gestion de l’information, impacts sur nos façons de faire. L’année suivant, un texte remanié de cette conférence a paru dans la revue Archives [1].  Je reproduis ci-dessous le texte que je lui ai envoyé à l’époque. Vous constaterez vous-mêmes que, même si dix ont passé, j’ai l’impression que le contenu n’a guère vieilli… Jacques Grimard, lui, a quitté ce monde à l’automne 2007. Et je ne cesse de penser à lui depuis lors.

L’annonce d’un changement de paradigme en archivistique a été proclamée à la fin des années 1980 par des archivistes nord-américains dans le contexte général de l’application des principes archivistiques à la gestion des documents sous forme électronique. Bien que ce concept de paradigme remonte aux Grecs (Platon), c’est l’épistémologue Thomas Kuhn qui, au début des années 1960, lui a donné son sens actuel.  Ce concept ne se réfère pas seulement au développement des sciences, mais aussi à leur application, voire à leur modélisation par la communauté professionnelle. En archivistique, par exemple, un changement de paradigme signifierait que la communauté archivistique aurait intégré dans sa pratique des changements intervenus dans ses principes et assises. A partir là, posons simplement la question suivante : « Qu’est-ce qui a changé dans nos pratiques qui mérite que l’AAQ fasse du changement paradigmatique le thème de son 33e congrès ? »

Essentiellement trois choses :

  • L’intervention de l’archiviste dès la création, voire dès la conception des documents et des systèmes qui les gèrent, est une devenue une nécessité vitale, car c’est le seul moyen de préserver l’authenticité et la fiabilité des archives, autrement dit leur valeur de témoignage. L’archiviste qui se contente d’attendre des « versements » est un archiviste en voie de trahir sa mission fondamentale : la constitution du patrimoine documentaire de la nation.
  • L’intervention dès la conception des documents et des systèmes qui les gèrent supposent une pratique professionnelle de plus en plus normalisée. Ainsi la rédaction de politiques, procédures et normes fait dorénavant partie du labeur quotidien de l’archiviste. Et le « compliance management » devrait faire partie de son horizon professionnel…
  • Le fait de savoir si le changement de paradigme en archivistique affecte ou non la justesse de ses principes et assises constitue un débat qui est loin d’être clos… Le principe de provenance, en spécifiant le contexte de la production des documents, semble être en mesure de garantir l’authenticité et la fiabilité des documents sous forme électronique. Par contre, la notion de cycle de vie s’avère malmenée par certains chercheurs anglophones, théoriciens du records management, qui tentent de la transformer en records continuum. Cette dernière notion, toutefois, pénètre avec difficulté dans les milieux professionnels. Quant à la notion de « document », elle interpelle la structure des données et alimente de nombreuses discussions…

Assistons-nous à un véritable changement de paradigme en archivistique ? Sans doute… mais le processus est toujours en cours.

c2004

[1] Jacques Grimard, L’archivistique à l’heure du paradigme de l’information… ou la « Révolution » numérique à l’« âge » archivistique. Archives, 37 :1 (2005-2006), p. 59-87